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dimanche 18 août 2013
Double vision
A propos de Nice (1930) :
http://vimeo.com/40970810
Nice, à propos de Jean Vigo (1983) :
http://www.youtube.com/watch?v=emSY9g3nv4A&noredirect=1
Oliveira 04
Dimanche 22
Promenade des Anglais. La plage est encombrée de
gisants, exposés au soleil.
Quelques poitrines dénudées et des voyeurs qui se
penchent pour regarder. Les enfants font du patin à roulettes, des mères de
famille poussent des landaus. Les toilettes des bourgeois sont moins
tape-à-l'œil que dans À propos de Nice. Nous nous amusons à faire un montage
parallèle imaginaire entre ce que nous observons et les plans du film. M. me
cite une phrase de Vigo : « Ce qu'ils ont en commun, c'est de glisser doucement
vers la mort ».
Nous allons chez lui pour voir une nouvelle fois À
propos... pour tenter de retrouver les lieux où certains plans ont été tournés.
On en fait une liste. Il voudrait savoir ce que dansent les jeunes filles sur
le char. Pour moi, c'est un French Cancan. Pour le convaincre, je lui fredonne
l'ouverture de la Vie Parisienne. Ça marche !
La directrice de l'hôtel m'a mis en relation avec
un Niçois de souche à qui je montre le film qu'il n'a jamais vu. Il avait 15
ans en 1930. Il commente les images et identifie la voiture de course
reconnaissable à son arrière effilé : une Amilcar. Mieux, il reconnaît
l'hydravion, un CAMS. Il m'apprend qu'il existait à Nice-La Californie un plan
d'eau pour les hydravions qui faisaient la liaison avec la Corse. Il connaît la
ville comme sa poche. S'il n'est pas toujours capable de citer précisément une
rue, il m'indique le quartier. Je note les lieux sur un plan.
Lundi 23
Repérages fructueux des lieux notés sur la carte.
M. est content, me demande comment j'ai fait.
Conversation au téléphone avec Luce Vigo. Elle
peut nous prêter une copie de la version intégrale du film de son père. Elle a
vu les films de M. et aimerait le rencontrer. J'organiserai une rencontre
pendant le Festival où ils doivent se rendre tous deux.
Shopping. Depuis deux ou trois jours, M. s'arrête
devant les vitrines, il cherche une veste sombre, discrète. Je lui propose
plutôt une veste claire. Je finis par le convaincre. Il achète une veste d'été
à rayures blanc-bleu et deux pantalons.
M. m'a laissé quartier libre pour l'après-midi. La
jolie rousse du mini-lab a fait des progrès sur les tirages couleur. Elle me
présente aujourd'hui à un jeune Belge qui veut apprendre la photographie avec
un professionnel. Il me dit avoir un laboratoire photo et le met à ma
disposition. Je lui dis que je ne suis pas un photographe professionnel, il
insiste. J'irai peut-être. J'aimerais pouvoir développer les rouleaux de noir
et blanc.
Mardi 24
M. est très impatient de me voir, il a visité une
église et a parlé avec le curé. Il y a un mariage le lendemain, et il
m'explique sur un ton qui n'admet pas la discussion qu'il faut ab-so-lu-ment
filmer la sortie des mariés de l'Église demain.
— « Vous
avez votre caméra, non ? »
— « Oui,
mais je n'ai pas de pellicule. »
On achète deux bobines de Kodachrome à la Fnac. Il
faudra faire un contretype négatif au laboratoire.
On a placé la caméra sur un petit terre-plein
devant l'église. M. fait le cadre. On utilise la tourelle et les trois optiques
fixes : le 12, le 18 et le 25 mm pour varier les grosseurs de plan.
Les mariés sortent de l'église. M. tourne
lui-même, je manipule la tourelle des objectifs quand il me le demande et
surveille l'exposition. Il veut tourner un dernier plan, un panoramique
vertical dans une petite rue qui longe l'église. J'entends la pellicule qui
décroche dans le magasin. Je lui dis, mais il ne coupe pas le moteur tout de
suite. Il quitte le viseur, souriant : « Au moins, j'aurai rêvé un joli plan !
»
Le soir, il me raconte le tournage de son premier
film documentaire dans les années trente : Douro, Faina Fluvial.
Il avait acheté la caméra et développait lui-même
les films au moyen d'une sorte de tambour qu'il avait installé au-dessus d'une
baignoire. Il fallait enrouler le film dans le noir, et couper au hasard, car
le tambour ne permettait pas de développer tout le métrage de chaque bobine. Le
film séchait dehors sur des cordes à linge dans le jardin de sa propriété.
Il faisait le montage directement sur le négatif,
comme aux premiers temps du muet. Il utilisait sa table de billard recouverte
d'un drap blanc, où les bobinots du tournage étaient rangés et identifiés avec
de petites bandes de papier. Il n'avait pas de table de montage et se servait
d'une loupe pour regarder les images, les couper et les coller. Le montage du
négatif terminé, le laboratoire Tobis de Lisbonne tirait les copies.
cinematheque.fr
vendredi 9 août 2013
Oliveira 03
Jeudi 19 avril
Je retrouve M. à la poste où il essaye d'appeler
Porto sans succès. Il y a eu un malentendu avec des amis qui l'avaient invité
en juillet, alors qu'il doit être à Paris pour le montage. Cette affaire le
contrarie et perturbe notre repérage du matin au cimetière du Château où je
prends quelques photos. M. s’intéresse à une sculpture tombale représentant un
ange dont la main droite pointe vers le ciel, tandis qu’il porte l’autre main à
son oreille, à ses pieds un mort tente de soulever le couvercle de sa tombe. Le
doigt de l’ange montrant le ciel, tente évidemment de dissuader le mort de
sortir de son sépulcre. La naïveté et l’étrangeté du tableau amusent M. Mais il
peste en tournant autour de la sculpture, l’ensemble de la scène est
incadrable.
Il me demande de prendre une photographie de lui.
Il escalade la pierre tombale et prend la pose. Depuis la séance photo devant
les toilettes automatiques, il a pris goût à ces photos-gags.
Nous visitons ensuite le cimetière juif, à gauche
de l’entrée, une petite tombe. Sur une stèle, un avion et une voiture des
années 20 en granit. Sur les flancs de la tombe, un bas-relief représentant un
petit train. Un texte a été gravé : « Un enfant est mort, et c’est une
injustice, car c’est aux enfants d’accompagner les parents à la tombe ». On
interprète : l’avion, la voiture, le train sont sans doute les derniers
présents que voulait l’enfant avant de mourir. Ses parents n’ont pu exaucer ce
vœu, et c’est pourquoi ils ont fait sculpter ces jouets dans la pierre.
Fin du repérage. RV à 15h.
M. veut tourner « utile » et minute
impitoyablement la séquence du chemin de Nietzsche. Les plans seront rythmés
sur du Wagner.
Déjeuner à l’hôtel. Le portier me demande si je
connais Madeleine Robinson, dont il était le voisin. Il est portier dans cet
hôtel depuis trente ans. L’endroit est confortable, la décoration du hall un
peu ridicule, avec une fontaine et un jet d’eau qui gargouille. Les clients
sont pour la plupart âgés et ont pris pension à l’année, l'après-midi, ils font
la sieste dans la fraîcheur du hall. La propriétaire de l’Excelsior m’a proposé
une grande chambre ensoleillée au dernier étage avec terrasse, réservée aux
familles nombreuses. La chambre est calme, tous les jours à l'heure du
déjeuner, on entend un apprenti pianiste qui exécute – dans tous les sens du
terme – La Lettre à Élise sur un piano qui ne tient plus l'accord.
Raoul Ruiz m’a confirmé les dates de début du
tournage de La Ville des pirates pour la deuxième quinzaine de mai. Je pourrai
rester presque deux semaines pour les trucages. Fabrication d’un support pour
installer le miroir semi-transparent sur la caméra.
Samedi 21 avril
Nous sommes allés dîner avec M. chez un ami, un
jeune anthropologue portugais. Discussion sur le cannibalisme. On en vient
inévitablement à évoquer Le Territoire
de Raoul Ruiz. M. me dit qu’il éprouve beaucoup de sympathie pour lui et
apprécie son humour. Je saisis l'occasion pour lui demander s'il voit un
inconvénient à ce que je parte une dizaine de jours pour le tournage du film de
R., pendant qu’il sera lui-même à Porto. Permission accordée.
lundi 5 août 2013
Oliveira 02
Il est ce
jour-là très enjoué et facétieux. Nous faisons une série de photos en compagnie
de son fils devant des toilettes automatiques. Nous pissons à tour de rôle en
bloquant la porte pour ne pas payer chaque fois. C'est la récréation. Je fais
plusieurs photos de lui dans une cabine téléphonique, il prend des poses
comiques.
Après-midi :
nous prenons le train jusqu'à Èze, et suivons le sentier de Nietzsche jusqu'au
village. Nous prenons un thé à « La chèvre d'or ». Nous regardons le soleil se
coucher depuis les hauteurs. Pas de photographies, M. est contemplatif. Nous
avons marché pas loin de quatre heures, il ne semble pas fatigué. Ecce homo.
Retour en
train, il note sur son petit carnet bleu qu'il faudra faire un plan du train
côtier depuis la colline. Arrivé à Nice, je me procure les horaires.
Je vais
maintenant chaque soir dans un mini-lab, qui développe les photos en une heure.
La jolie rousse un peu timide ne maîtrise pas réellement la tireuse
automatique. Les tirages sont tantôt trop clairs, tantôt trop sombres, souvent
rougeâtres. Je n'ose pas montrer ces mauvaises épreuves à Manoel. Je photographie
une charte de couleurs pour qu'elle règle sa machine. Elle m'avoue être
inexpérimentée et me propose de venir le lendemain après la fermeture pour
faire des essais. Nous gâchons pas mal de papier avant d'obtenir un résultat
satisfaisant. Il est près de dix heures, nous allons manger une pizza. Elle ne
me facture pas les premiers tirages en remerciement. Désormais, je lui apporte
un rouleau tous les soirs et récupère les tirages 9x13 le lendemain matin avant
notre séance de travail quotidienne chez Manoel. Pour les photos en noir et
blanc, les délais sont plus longs. Je les développerai moi-même à Paris.
Mercredi 18 avril
Apéritif chez
Manoel. Nous buvons un whisky. Manoel voudrait tourner un plan dans le bureau
de son fils. La pièce manque de recul. Je lui dis qu'il faudrait défoncer un
mur pour faire un plan large, il sourit et me dit qu'il vaudrait mieux trouver
une autre solution. Je lui propose d'installer un grand miroir et de faire le
plan depuis le couloir dans la réflexion du miroir. L'idée lui plaît.
L'appartement
est envahi d'objets. Madame de O. en est très malheureuse et tente de ranger et
de faire le ménage. Finalement nous réussissons à installer deux chaises dans
un recoin entre le couloir et la cuisine. Nous avons de longues conversations
sur le cinéma. Il admire Duras et Syberberg qui « réinventent quelque chose ».
Il a revu plusieurs fois À propos de Nice sur une cassette VHS. Il a noté la
description et le minutage de chaque plan avec un chronomètre que je lui ai
prêté. Nous revoyons le film sur un petit téléviseur. Nous repassons plusieurs
fois les images en travelling de la promenade des Anglais. Je lui dis que Henri
Alekan m'avait montré une photo de tournage de « l'homme à la caméra », le
magnifique Boris Kaufman. Il avait inventé un dispositif pour tourner sans
pied. La caméra était fixée sur une planche, avec deux bretelles, ce qui
assurait une bonne fixité tout en tournant la manivelle. Mais cette astuce
l'empêchait de se servir du viseur, il cadrait au jugé. L'anecdote intéresse M.,
il me demande s'il serait possible d'avoir une copie de cette photo.
M. a beaucoup
avancé dans le découpage du film. Chacun de ses plans est minuté à la seconde
près. Manoel a la précision d'un horloger. Sa méthode de travail est à l'opposé
de celle de Vigo, Nice est un film entièrement improvisé, sans plan préétabli,
qui s'est fait au montage. Justement, si Vigo l'inspire, c'est parce qu'il est
très différent de lui, mais pour ce film hommage, il serait absurde de vouloir
le copier.
— « Le cinéma
pour moi, me dit-il, n'est rien d'autre que du théâtre sur un support
différent. La parole est essentielle chez l'homme. L'homme n'a pas besoin de
l'image, mais de paroles. »
J'avance que
le cinéma muet est aussi un langage, un langage non articulé peut-être, mais un
langage quand même. La contradiction n'est pour lui qu'apparente : le film de
Vigo nous parle.
Il prépare son
prochain film : Le Soulier de satin. Il aimerait utiliser le système de la
projection frontale et me demande si je pourrais lui faire rencontrer Alekan
quand il viendra à Paris pour le montage de Nice. Je lui propose d'organiser un
dîner avec lui.
vendredi 26 juillet 2013
Oliveira 01
Il est assis
dans une pièce très encombrée devant une table de travail. C'est notre première
rencontre. Nous sommes dans l'appartement de son fils qui est peintre et vit à
Nice. La maison est située près du Marché aux Fleurs. Nous allons prendre un
café. Manoel veut acheter des pommes rouges, mais ce n'est pas la saison. Déçu,
il achète un kilo de Golden. Il choisit lui-même cinq pommes. Un kilo pile, lui
annonce le vendeur de quatre-saisons.
Nous
empruntons les arcades de la place Masséna, et nous dirigeons vers la Promenade
des Anglais.
Ces flâneries,
le nez en l'air se renouvelleront tous les jours pendant près de quatre
semaines. « On réfléchit mieux en marchant, non ? », me dit-il. Au fil de ces
promenades, il construit le film, et le soir, il consigne ses notes dans un
cahier qu'il me lit chaque matin. Il aimerait avoir une caméra. Il me confie
que le problème, avec le documentaire, est qu'on voit constamment des choses
qu'on voudrait saisir immédiatement. On se promet de revenir le lendemain, mais
c'est déjà trop tard.
Il achète des
cartes postales du carnaval de Nice qu'il colle dans son cahier.
Sur la
Promenade des Anglais, devant le Negresco, il regarde un avion qui décolle. «
Vous vous souvenez de l'hydravion d'À
propos de Nice ? Je vais tourner ici, il me faudra un travelling et nous
ferons un lent panoramique à 360° », il répète mentalement le plan qu'il veut
tourner et mime le mouvement de l'appareil. Au passage d'un avion, je sors de
mon sac un petit appareil photo, un Rollei 35, que j'utilise souvent pour les
repérages et je prends une photo. « Très bien, nous allons travailler comme ça,
vous allez prendre des photos de tous les plans du film et je les collerai dans
le cahier, et peut-être vais-je faire tout le film avec des photos et des
cartes postales. »
Nous
commençons à faire systématiquement des photos. Nous... lui plutôt, il cherche
le cadre en se déplaçant rapidement, puis m'attrape fermement par les épaules
pour m'indiquer la place précise. Il a regardé une fois ou deux dans le viseur
de l'appareil et cela lui a suffi pour connaître le champ de l'objectif. Il me
donne des indications : « Cadrez avec peu de ciel ! »
Photographier
de cette manière est une véritable discipline, il faut se couler dans le regard
de l'autre, ne pas se fier à son propre goût du cadre. Je lui propose
d'utiliser mon appareil, et qu'il prenne lui-même les photos.
— « Ce serait
une erreur, me dit-il, j'ai eu un Leica, mais j'oubliais toujours de faire le
point. Les appareils reflex sont beaucoup plus pratiques ». Je lui dis préférer
le Leica, plus rapide pour saisir « l'instant décisif ».
Nous observons
la direction des lumières sur la place du marché. Je note les places de caméra
et l'heure à laquelle nous tournerons.
M. me confie
que ce projet l'angoisse un peu. Il a l'impression de tourner son premier film.
Nous déjeunons frugalement et répétons chaque jour les exercices
photographiques. De temps en temps, il m'arrive de faire une photo sans qu'il
me l'ait demandé. Ces photos volées l'irritent un peu, car elles sont à ses
yeux inutiles.
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Oliveira 00
Carnet de repérages,
Nice… à propos de Jean Vigo (1983)
de Manoel de Oliveira par François Ede[1]
[1] François Ede est documentariste et directeur de la photographie, pour Raoul Ruiz notamment.
Nice… à propos de Jean Vigo (1983)
de Manoel de Oliveira par François Ede[1]
"J'ai retrouvé ce carnet de repérages près
de trente ans plus tard en rangeant des papiers. Je regrette un peu de ne pas
l'avoir poursuivi pendant le tournage, mais j'étais sans doute trop accaparé
par mes longues journées d'assistant-réalisateur. Au-delà de leur caractère
anecdotique, ces notes dévoilent un peu du long cheminement d'un cinéaste au
travail et de la matière dont est fait un film.
Manoel me confiait pendant les repérages que « le
problème avec le documentaire est qu'on voit constamment des choses qu'on
voudrait saisir immédiatement. On se promet de revenir le lendemain, mais c'est
déjà trop tard ». Il avait parfaitement raison. Le problème est que son film
était entièrement écrit, découpé et minuté. Tout ce qui avait été écrit devait
donc être tourné. Cette méthode s’apparentait plus à une reconstitution de
choses vues et ressenties qu’à des scènes prises sur le vif.
Il en résulta de nombreux incidents et déconvenues
qui ont émaillé le tournage et qui me font sourire aujourd'hui. J'en ai gardé aujourd’hui
encore un souvenir encore très vif et très présent.
Il y eut d'abord cette bi-manchotte qui faisait
l'aumône sur le boulevard Gambetta. Manoel voulait la filmer. Elle avait
disparu : « Trouvez-là. Il me la faut ab-so-lu-ment dans le film !». Je menais
une enquête dans le quartier et appris d'un commerçant qu'à cette période de
l'année, elle était à Cannes pendant la durée du Festival. Un soir après le
tournage, je me suis rendu à Cannes. Elle était bien sur la Croisette, non loin
du « bunker ». Je lui ai proposé de l'argent. La négociation n'a pas été
difficile.
J'ai eu moins de chance avec le grand saxophoniste
blond qui jouait tous les après-midis sous les arcades de la rue Masséna un
standard du jazz : Sunny Side of the Street. Je savais qu'il jouait dans un
bar. J'entrepris de le retrouver, en élargissant chaque soir le cercle autour
de la place Masséna. Un barman m'apprit qu'il était norvégien et avait regagné
Oslo quelques jours auparavant. Devant l'immense déception de Manoel, je lui
proposai de trouver un musicien « local ».
Le saxophoniste niçois d’une cinquantaine d’années
que j'avais déniché connaissait le morceau et jouait correctement.
— « Trop vieux, me dit Manoel, mais vous, vous
pourriez jouer à sa place. »
— « Mais je joue très mal du saxo et je ne suis ni
grand, ni blond, ni norvégien. »
— « Mais vous êtes jeune ! »
L'argument était imparable.
Pour le tournage, le vrai saxophoniste s'était
caché derrière moi dans un porche d'immeuble et après avoir répété avec lui, je
jouais en play-back Sunny Side of the Street. Quelques passants eurent le bon
goût de me donner quelques pièces. Dernier détail important, c'était écrit dans
le script, une ambulance que j'avais louée passait en actionnant sa sirène.
— « C'est pour la bande sonore m'avait dit Manoel,
mais ce sera encore mieux si on voit passer l'ambulance. »
Le train côtier dont j'avais soigneusement repéré
les horaires nous a fait perdre un après-midi à cause d'un mouvement de grève
imprévisible à la SNCF.
Enfin, le travelling devant le Negresco nous a usé
les nerfs, les badauds s'agglutinaient autour de la caméra, rendant les prises
de vues difficiles et une panne de l'informatique de la tour de contrôle
retardait le décollage des avions ce jour-là.
Le tournage d’un documentaire est toujours soumis
au principe d’incertitude."
F.E. 17/09/2012
[1] François Ede est documentariste et directeur de la photographie, pour Raoul Ruiz notamment.
En 1995, il
a restauré Jour de fête en rendant au film les couleurs voulues par Jacques
Tati et, en 2002, a dirigé la restauration de PlayTime.
jeudi 6 septembre 2012
Manoel de Oliveira
« Avec cette commande pour une série d'émissions télé (Regard sur la France, FR3) Manoel de Oliveira décide donc de rendre hommage à son contemporain Jean Vigo (ils n'avaient que trois ans d'écart) à travers un nouveau documentaire sur Nice incorporant des images du film de Vigo. […] Il y a de formidables idées de montage, raccourcis géniaux, comme ce raccord entre l'empreinte d'un homme des cavernes et des gens qui marchent dans la rue dans les années 80. Le cinéaste pose un regard curieux et plein d'acuité sur Nice, celui d'un étranger mais pas d'un touriste. A l'aide de longs plans fixes en son direct il parvient à saisir l'essence de cette ville, s'attardant plus particulièrement sur les vieux (il avait déjà lui-même 75 ans au moment de tourner ce film). C'est un regard à la fois plein de tendresse et très aiguisé (comme la scène où une vieille dame refuse de laisser sa chaise à un homme car elle veut y poser son sac à main). Tourné un peu plus de 50 ans après A propos de Nice, Nice - A propos de Jean Vigo montre que rien n'a changé et que les riches retraités de la Côte d'Azur sont toujours aussi pédants, mesquins, vulgaires, égoïstes et insupportables. Bien sûr, c'est fait sans forcer le trait (…). Saisissant l'essence du film de Vigo Oliveira l'actualise, il s'en inspire sans jamais tomber dans la citation ou l'hommage appuyé. […] C'est un hymne à la vie et à l'amour d'une rare jeunesse. […] Seul bémol, la seconde partie du documentaire qui laisse la parole à des artistes et intellectuels Portugais installés à Nice est beaucoup moins intéressante et même assez ennuyeuse. Heureusement cela est contrebalancé par des interviews d'ouvriers immigrés eux aussi Portugais plus intéressants. Cela reste un film à voir absolument, avec en plus à la fin une émouvante rencontre avec la fille de Jean Vigo. »
(http://www.myspace.com/hervac/blog/431547799).
jeudi 25 novembre 2010
Quelle photo de star ? Jazzmen (1)

Gare de Nice, 1948. (De gauche à droite) A la fenêtre : Django Reinhardt, Challain Ferret / Sur le quai : Joseph Reinhardt et Stéphane Grappelli.

Devant le Negresco, 1948. (De gauche à droite) 1er rang : Toots Thielemans, Sadi / 2ème rang : Herman Sandy, Baby Dodds, Bobby Jaspar (Photo de H. Sandy prêtée à Marc Danval).

Festival de jazz de Nice, 1983. De gauche à droite : Tito Puente, Dizzy Gillespie, Sacha Distel (Raph Gatti, AFP).

Festival de 1948 : Rex Stewart (ci-dessus) et Vernon Story - même orchestre.
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