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samedi 9 juillet 2016

"De retour à Nice en 1949,

Le Clézio se sent étranger et mal à l’aise dans cette ville qui lui inspire des sentiments ambivalents, et ce d’autant plus que le retour du père en 1950 impose à la famille un mode de vie à la mauricienne ou à l’africaine. Il fait ses études au lycée Masséna, s’essaie à la bande dessinée (qu’il abandonne au profit de la « sympoésie»). Il lit avec passion : Kipling, Conrad, les récits des explorateurs – Charles de Foucauld, Camille Douls –, les poèmes de Rimbaud, puis les philosophes présocratiques… Il fréquente le ciné-club Jean Vigo où il découvre les films de Bergman, Antonioni, Orson Welles, Eisenstein, Mizogushi, les néoréalistes italiens et « les peplums majeurs ». Il participe également au « Club des Jeunes », où il rencontre certains artistes de l’École de Nice et Ben, dans le « magasin » duquel il signe son Procès-verbal. Mais le contexte de la Guerre d’Algérie assombrit considérablement ces années d’adolescence." (associationleclezio.com)
 

dimanche 18 août 2013

vendredi 26 juillet 2013

Oliveira 00

Carnet de repérages,
Nice… à propos de Jean Vigo (1983)
de Manoel de Oliveira par François Ede[1]

"J'ai retrouvé ce carnet de repérages près de trente ans plus tard en rangeant des papiers. Je regrette un peu de ne pas l'avoir poursuivi pendant le tournage, mais j'étais sans doute trop accaparé par mes longues journées d'assistant-réalisateur. Au-delà de leur caractère anecdotique, ces notes dévoilent un peu du long cheminement d'un cinéaste au travail et de la matière dont est fait un film.
Manoel me confiait pendant les repérages que « le problème avec le documentaire est qu'on voit constamment des choses qu'on voudrait saisir immédiatement. On se promet de revenir le lendemain, mais c'est déjà trop tard ». Il avait parfaitement raison. Le problème est que son film était entièrement écrit, découpé et minuté. Tout ce qui avait été écrit devait donc être tourné. Cette méthode s’apparentait plus à une reconstitution de choses vues et ressenties qu’à des scènes prises sur le vif.
Il en résulta de nombreux incidents et déconvenues qui ont émaillé le tournage et qui me font sourire aujourd'hui. J'en ai gardé aujourd’hui encore un souvenir encore très vif et très présent.

Il y eut d'abord cette bi-manchotte qui faisait l'aumône sur le boulevard Gambetta. Manoel voulait la filmer. Elle avait disparu : « Trouvez-là. Il me la faut ab-so-lu-ment dans le film !». Je menais une enquête dans le quartier et appris d'un commerçant qu'à cette période de l'année, elle était à Cannes pendant la durée du Festival. Un soir après le tournage, je me suis rendu à Cannes. Elle était bien sur la Croisette, non loin du « bunker ». Je lui ai proposé de l'argent. La négociation n'a pas été difficile.
J'ai eu moins de chance avec le grand saxophoniste blond qui jouait tous les après-midis sous les arcades de la rue Masséna un standard du jazz : Sunny Side of the Street. Je savais qu'il jouait dans un bar. J'entrepris de le retrouver, en élargissant chaque soir le cercle autour de la place Masséna. Un barman m'apprit qu'il était norvégien et avait regagné Oslo quelques jours auparavant. Devant l'immense déception de Manoel, je lui proposai de trouver un musicien « local ».
Le saxophoniste niçois d’une cinquantaine d’années que j'avais déniché connaissait le morceau et jouait correctement.
— « Trop vieux, me dit Manoel, mais vous, vous pourriez jouer à sa place. »
— « Mais je joue très mal du saxo et je ne suis ni grand, ni blond, ni norvégien. »
— « Mais vous êtes jeune ! »
L'argument était imparable.
Pour le tournage, le vrai saxophoniste s'était caché derrière moi dans un porche d'immeuble et après avoir répété avec lui, je jouais en play-back Sunny Side of the Street. Quelques passants eurent le bon goût de me donner quelques pièces. Dernier détail important, c'était écrit dans le script, une ambulance que j'avais louée passait en actionnant sa sirène.
— « C'est pour la bande sonore m'avait dit Manoel, mais ce sera encore mieux si on voit passer l'ambulance. »
Le train côtier dont j'avais soigneusement repéré les horaires nous a fait perdre un après-midi à cause d'un mouvement de grève imprévisible à la SNCF.
Enfin, le travelling devant le Negresco nous a usé les nerfs, les badauds s'agglutinaient autour de la caméra, rendant les prises de vues difficiles et une panne de l'informatique de la tour de contrôle retardait le décollage des avions ce jour-là.
Le tournage d’un documentaire est toujours soumis au principe d’incertitude."
 
F.E. 17/09/2012






[1] François Ede est documentariste et directeur de la photographie, pour Raoul Ruiz notamment.
En 1995, il a restauré Jour de fête en rendant au film les couleurs voulues par Jacques Tati et, en 2002, a dirigé la restauration de PlayTime.

vendredi 28 janvier 2011

Jean Vigo chez les curistes


Lydu
1926. Vigo, gravement malade, fait plusieurs séjours à la clinique Espérance de Font-Romeu, où il rencontre et aime d'amour fou Elizabeth Lozinska, fille d'un industriel de Lodz ("Lydu" et plus tard "Viga"). Lecture de Jean Epstein.
Automne 1928. Départ pour Nice, mariage à la mairie avec Lydu en janvier 1929. Un mois auparavant, grâce aux soutiens de Claude Autant-Lara, Germaine Dulac, Francis Jourdain, Vigo est engagé comme aide-opérateur à la production Franco-Film aux studios de la Victorine, à Nice.

1929. La première caméra (offerte par le père de Lydu) et aussitôt l'idée d'un documentaire sur la ville de Nice. Repérages. Mauvaise santé du couple. Retour à Paris pour consultations. Rencontre avec Jean Lods et son opérateur Boris Kaufman. Tous deux ont bien assimilé les découvertes du "Ciné-OEil" de Dziga Vertov, le frère de Boris.

A propos de Nice
1930. Vigo et Kaufman s'associent et tournent à Nice. En mars, ils ont tourné quatre mille mètres. Montage. Le travail est achevé début mai. Projection de A propos de Nice, "point de vue documenté", faux documentaire et vrai pamphlet.
Jean Vigo rédige le communiqué de presse : "Jean Vigo et Boris Kaufman viennent de terminer leur film A propos de Nice. Ciel bleu, maisons blanches, mer éblouie, soleil, fleurs multicolores, coeur en liesse, telle apparaît d'abord l'ambiance niçoise. Mais ce n'est là que l'apparence éphémère, que la mort guette, d'une ville de plaisirs."
28 mai 1930. A Paris, le film est sur l'écran de l'ancien théâtre de Jacques Copeau, le Vieux-Colombier, devenu cinéma d'avant-garde. Le 14 juin, Jean Vigo présente son texte programme : Vers un cinéma social. Charles Goldblatt, jeune journaliste, vient l'interviewer. Les Vigo sont fatigués, surtout Jean. Deux mois de repos loin de Paris sont nécessaires.
Octobre. Sortie de A propos de Nice aux Ursulines. La critique est déroutée.
27 novembre-1er décembre 1930. Vigo présente son film à Bruxelles au deuxième Congrès du cinéma indépendant. Il rencontre Henri Storck.

(Marie Borel, "Vie de Jean Vigo", L'Intégrale DVD Jean Vigo, livret, Gaumont, 2001).

A propos de Nice
en ciné-concert à Acropolis en 2008 :
http://www.youtube.com/watch?v=MY_XJqBRIII

jeudi 30 décembre 2010

Michel Grisolia / A propos de Nice, la suite.


1995 : Arielle Dombasle, dans le ségment niçois de Raoul Ruiz,
puis entartée à l'Aéroport de Nice.

« Nice en V.O. »

Site L'Express, Michel Grisolia, 7 sept. 1995.


Auteur de La Promenade des Anglaises, Michel Grisolia est niçois d'origine. Il a vu pour nous le film collectif consacré à sa ville.


Elle est née, dit-on, pour le farniente et la futilité, l'extrême droite et la pissaladière. Les lettres de son nom l'indiquent, Nice aime aussi le ciné. Il est vrai qu'elle s'en fait du cinéma, des batailles de fleurs à celles pour la mairie, et qu'elle l'adore quand, américain, il la flatte. Caricature ? A se voir éternellement comme dans une chanson de M. François Deguelt, sous « le ciel, le soleil, la mer », elle s'est perdue, ma ville. Jean Vigo, pourtant, l'avait prévenue, et secouée. En 1929, le Rimbaud de la pellicule la filme parée pour le Corso, puis la déshabille et la viole sur les galets de la plage, le tout en vingt et une minutes de poème visuel acerbe. C'est A propos de Nice, « documentaire social sur les derniers soubresauts d'une société qui s'oublie jusqu'à vous donner la nausée ». S'est-elle, depuis, ressaisie ? Clientélisme, guerre des casinos : à trop jouer l'amour Médecin, rien ne va plus. Soixante-six ans après le Jean de L'Atalante, sept cinéastes viennent des horizons les plus variés enfoncer un nouveau clou dans la chair bronzée, décatie, liftée, infiniment triste mais toujours contente d'elle-même de Nizza-la-Bella. Leur en voudrait-elle qu'elle aurait tort. A propos de Nice la suite rend à la cité ses vrais visages. La caméra de chacun a l'inspiration diverse : du constat au conte, de l'interview à la flânerie, du minipolar à la longue lettre d'adieu. Mais l'oeil collectif est exact.


Le Clézio réuni à Depardon, c'est Nice tournée vers l'ailleurs ; "Ici, Beyrouth" : beau texte d'épousailles entre l'Orient et « la Prom'» (lire : la promenade des Anglais). Sur un banc de cette même promenade, les trois retraités filmés par Catherine Breillat ont l'accueil moins facile. Leurs propos : un condensé aimablement odieux de fausses informations et de fantasmes sur l'esclavage ou les chômeurs, qui fleure la xénophobie, le racisme. C'est aussi cela, Nice : le rejet, le venin, l'entre-soi.


Mais la douceur de la vie, si chère à Jules Romains ? Cette splendeur alanguie qui, hors saison, vous serre le coeur ? Avec un peu d'ironie et pas mal de tendresse, Abbas Kiarostami et Parviz Kimiavi les montrent, sous le prétexte d'un reportage sur Vigo. Façades ocre, jaunes, terre de Sienne de la vieille ville. A deux églises de là, Paul Touvier achevait il y a peu sa course infâme. Se rappeler aussi que là-haut, sur la colline, à Cimiez, les arènes qui font aujourd'hui du jazz chantaient, hier, avec Darnand. Aimer Nice, c'est ne pas masquer ses pires faiblesses. Costa-Gavras frappe fort : il filme, sans le son, un meeting du Front national. Entre deux mesures de « Nabucco », des gros plans silencieux de participants ravis. Parmi eux, Me Peyrat, qui n'avait pas encore rompu... L'indésirable et le sublime, le dérisoire et le grotesque, la violence de Nice, ville-fiction, tout est là : dans la "Série noire" décalée de Claire Denis, l'hommage au muet de Raoul Ruiz (avec Arielle Dombasle, divine, entre Buñuel et Poe), les aristos russes et rosses de Pavel Lounguine. Aux Niçois qui mal y pensent, ces sept cartes postales feront le plus grand bien, car elles sont sans clichés.

samedi 27 février 2010

Catherine Breillat avenue Notre-Dame

(Collection Catherine Breillat, DR)
Catherine Breillat avec sa mère, Marie-Jeanne Meillan, pendant le tournage de "Aux Niçois qui mal y pensent", court-métrage du collectif A propos de Nice, la suite (1995).

La bataille des fleurs de Jean Vigo


A propos de Nice (1930)