samedi 13 novembre 2010

Nice jazzZz... 95 (1ère partie)

Neneh chez les neneus
9/8/95 Les Inrocks.com

Avant la sortie hivernale de Man, son troisième album, Neneh Cherry passe l'été en famille sur les routes d'Europe pour une mini-tournée de remise en forme. L'escale niçoise, devant un public particulièrement glacé, fut loin d'être une promenade de santé.
 
« A Nice, Le fond de l'air est jazz » dit le slogan du festival d'été de la ville, comme pour faire la nique aux préjugés. A Nice, cinquième ville de France, quatrième au palmarès des cités honteuses juste derrière la triplette lepeniste, le fond de l'air est plutôt nauséabond. Evidemment, un rapide travelling estival sur la Promenade des Anglais ne laisse rien transparaître des mœurs électorales si particulières aux Niçois. Ici, la Méditerranée semble avoir été coupée à l'Obao turquoise, un vent tiède berce la cime des palmiers et chahute les jupes des filles, le flanc des collines laisse entrevoir, dans la verdure, des demeures aux richesses jalousement protégées. C'est Los Angeles sans les ghettos et, pourtant, la bourgeoisie locale fait dans son froc et surtout dans les urnes. Aussi, une ville qui cultive le particularisme jusqu'à présenter l'éventail politique le plus droitier d'une région déjà ultra-conservatrice n'inspire pas nécessairement la sympathie. Perchées sur des hauteurs plus respirables, les arènes de Cimiez font donc figure chaque année de village d'Astérix. Neuf jours durant, le Nice Jazz Festival accueille quelques centaines d'immigrés provisoires en provenance directe des meilleurs territoires du jazz, de la soul, du rock ou de la world-music. Référencée dans la catégorie nouvelles tendances & groove, Neneh Cherry donne ce mardi de juillet l'un des rares concerts de sa mini-tournée d'été. Juste un tour de chauffe sans enjeu, pile entre la fin de l'enregistrement et le début du mixage de Man, son troisième album, attendu pour le début de 1996. Logiquement, la Suédo-Américaine partage l'affiche avec Youssou N'Dour, son compagnon de fortune sur le duo multiplatiné Seven seconds.
Venu par un après-midi de plomb pour assister au soundcheck, on est saisi d'emblée par les basses replètes et les accords de synthés de la chanson fétiche des transistors de 1994. Deux voix, encore sans visages, se répondent entre les oliviers impassibles, dans les allées qui mènent à la scène installée dans l'herbe. Une fois sur place, déception : si Neneh Cherry est bien là - ceinte d'une robe en jean, sa nouvelle chevelure blonde sagement attachée -, Youssou N'Dour, lui, s'est métamorphosé en un petit brun tout blême, guitariste envahissant et véritable caméléon du groupe puisqu'il prendra aussi les traits de Michael Stipe pour la répétition de Trout. Finalement, Youssou arrive, impérial, et on respire mieux malgré la chaleur. Une joie de courte durée puisqu'un beau gosse vient nous signifier qu'on pourra repasser en janvier pour parler à Neneh Cherry car, aujourd'hui, la belle n'est pas venue pour faire de la promo. Lui, c'est Cameron McVey, un chanceux qui cumule auprès de Neneh les privilèges suivants : époux, père de ses deux sublimes fillettes, manager, compositeur (Seven seconds, c'est lui), producteur - sous le nom réputé de Booga Bear - et accessoirement cerbère en chef lorsqu'un imprudent a la prétention de troubler la tranquillité de la star. Même si l'on sait en arrivant que Neneh Cherry est une personne délicieuse, toujours prête à répondre aux journalistes et à poser pour les objectifs, le regard bleu acier de son cher et tendre dispense des fins de non-recevoir qu'il est plutôt risqué de contredire. Jusqu'au soir, ce fouineur à la baraka incroyable - il a découvert Massive, Portishead et Tricky - va donc aimablement repousser nos avances pour finalement nous concéder cinq minutes d'entrevue, une fois la pression du concert et la nuit tombées.
Il faut dire que les deux premiers shows de la tournée ont laissé chez Cameron une impression de gâchis qui a triplé sa méfiance : « Je n'arrive pas à comprendre l'attitude du public français. De vraies tombes ! A Bordeaux, on croyait jouer dans un cimetière. Et Lyon, avec la chaleur, c'était carrément un crématorium ! » A ses côtés, un type discret acquiesce avec dépit : c'est Jonny Dollar, le troisième homme de la garde rapprochée de Neneh Cherry. Lui aussi compose et produit, notamment le premier Massive Attack. A part ces deux-là, le staff de Neneh Cherry comprend, entre autres, un styliste - à côté duquel tous les Village People réunis paraissent de sages hétéros - et une baby-sitter pour la petite Tyson, 6 ans, 1,10 m de beauté métissée, qui accompagne ses parents sur leur lieu de travail. Quant au groupe, il est composé d'un batteur et d'un bassiste asiatiques, d'un guitariste-clavier et d'un percussionniste-DJ, tous deux suédois. Et, enfin, du caméléon à vingt-cinq doigts cité plus haut. A part ce dernier, franchement pénible lorsqu'on le laisse seul à la guitare - et qui sera remplacé sans qu'on le regrette lors des prochaines tournées par Jonny Dollar - les musiciens s'appliquent à rendre palpable chaque nuance lentement élaborée en studio. 1/3

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